BILLET D’HUMEUR N°84 par Olivier Manceron, 20/10/22.

 Ça veut dire quoi HANDICAPÉ ? – Ma chérie, tu vois, c’est comme Papi : toi, tu entends, lui, il entend pas. C’est un handicap – Oui mais, il fait rudement bien la cuisine. C’est bon avec Papi ! » Le handicap se définit comme quelque chose qu’on ne peut pas faire. Dans ce sens, tout être humain est un handicapé. À l’inverse, il n’y a pas d’être humain qui soit incapable d’apporter quelque chose à la communauté.

Alors pourquoi y a-t-il une catégorie de gens en situation de handicap, mis nettement à l’écart de notre société, faisant partie des invisibles, des intouchables, des assisté.es qui devraient s’estimer content.es, garder le sourire et dire merci à la dame. Comment comprendre si on ferme les yeux sur le « validisme » ? Il y a les femmes et les hommes, les riches et les pauvres, les blancs et les non-blancs, mais il y a aussi les valides et les invalides.

« – Dis Mamie, ça veut dire quoi VALIDE ? » Serait-ce quelqu’un à qui il ne manque rien ? Mais c’est quoi tout avoir ? Le nec plus ultra du VALIDE, c’est l’homme de Vitruve, encadré par la quadrature du cercle que Léonard de Vinci a si bien croqué. Il a tout, dans l’harmonie du corps, la peau blanche, la maturité des traits et la certitude du regard. Il coche toutes les cases des exigences du conseil de révision : apte au champ d’honneur.

Si Léonard avait dessiné une femme dans la même symbolique, n’eut-il pas couché sur le parchemin la fringante silhouette en sablier d’une Barbie blanche, gros « boule » cambré, taille de guêpe, grosse poitrine qui tient en l’air toute seule, l’archétype de la femme prête à l’emploi et à la fécondation masculine, ce genre de blonde lumineuse qui fait cligner les phares des camionneurs même dans le brouillard ?

Vaut-il mieux être le valide au combat social ou la valide à la maternité arrangée, ou bien être l’invalide à tout ça ? Les personnes handicapées profondes, sont-elles « utiles » ? Si leur utilité se mesure à l’amour, l’empathie, l’adresse, la précision, l’expérience, la formation, mais aussi l’énergie, la force, la patience, l’endurance, à toutes ces qualités nécessaires pour leur permettre une vie heureuse de communications émotionnelles aussi gratifiantes que tout un chacun.e, alors chacune de ces invalides profondes sont les seules vraies batailles à livrer dans une société du « care ».

Ayant banni le validisme et le sexisme, balayé la compétition et ses luttes de pouvoir, la société nouvelle construira ses jeux olympiques autour de ces championnes du quotidien, ces héroïnes des histoires des autres, celles qui construisent la puissance de la vulnérabilité comme paradigme de l’amour.

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