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BILLET D’HUMEUR N°79 par Olivier Manceron, le 20/05/22

Coule le temps, sonne l’heure, le temps passe comme un jour de printemps. Les nouvelles des guerres se mêlent aux annonces de nouveaux gouvernements. Parfois, les évènements glissent sur la peau sans autre préjudice que de creuser des rides. Les premières chaleurs apportent les orages et les roses gonflées d’eau des jardins égouttent leurs lourdes hampes au-dessus des passants pressés. Le temps prend son temps. Le sable file sans heurt dans le sablier. Nous tendons le dos.
Même si le ciel est bleu, joyeuses et hautes les hirondelles, il y a des promesses d’orage, de krach boursier, de rayons vides au supermarché, de disette pour les plus vulnérables et de panique pour les banquiers. Les trains roulent toujours entre champs de blé vert et bois touffus. Les villages paressent encore entre les collines. Les gens veulent à nouveau partir en vacances, même si ce n’est pas à l’étranger. Les trottoirs des villes charrient des foules démasquées qui respirent enfin libres la joie d’exister, après tous ces jours gris de pandémie à se cacher les uns des autres jusqu’à craindre de se parler.
Mais la peur habite les cœurs. La haine sort des bouches des hommes de guerre sur les écrans funestes des actualités internationales. Les politiciens se traitent de factieux, de fascistes et de fâcheux. Ils ne se donnent pas plus la parole qu’ils ne se prêtent l’oreille. Les gens se lassent de voter.
Le plaisir des rencontres remplit à nouveau les théâtres et les restos. L’ambiance retrouvée des comptoirs remplit les verres de besoin d’y croire. Les adolescents sont amoureux. Les soirées s’allongent dans la soie dorée du couchant en pensant à l’été. Il y a quelque chose dans l’air de rose ou d’orange, un reflet d’espérance, un goût de souvenir d’enfance, une envie de vivre qui démange.
Mais la clepsydre se vide. Il y a un mais de trop en cette fin de mois de Mai, un mais qui fait regarder les moments d’espoir avec inquiétude, comme s’il fallait déjà en porter le deuil avant de les avoir vécus. La sécheresse fait craindre les famines. Les parents hésitent à parler d’avenir aux enfants qui naissent. Les gens se regardent de travers. Ils se comptent en réfugiés ou en survivants, se chiffrent en contaminants ou en convalescents, s’estiment en amants craintifs ou en angoissés solitaires, se recensent en exploiteurs fébriles ou en prolétaires abusifs, se considèrent en enfants trouvés ou en vieillards déçus et abandonnés. Les gens ont peur même du ciel bleu. En Mai encore, le beau temps, c’est signe de pluie.

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