Le portrait de la semaine: Soraya Almansa, Directrice Générale de FDFA 

Soraya Almansa, Directrice Générale de FDFA 

« Pouvez-vous revenir sur votre parcours et votre arrivée à FDFA ? »

Mon parcours est atypique, mais il repose sur plusieurs années de spécialisation universitaire dans des domaines très différents.

J’ai d’abord suivi un cursus classique et complet en littérature espagnole : DEUG, licence, puis deux Masters en littérature espagnole. Ma famille maternelle est d’origine espagnole et cette culture a toujours été très présente dans ma vie. Dans ma famille, je me souviens que la poésie de Federico García Lorca était importante et je passe une très grande partie de mes vacances en Espagne.

Mon mémoire de Master 2 portait sur la poésie de Jaime Gil de Biedma. J’ai également réalisé un mémoire de Master 1 sur le vêtement dans le cinéma espagnol, avec la participation exceptionnelle de Lorenzo Caprile, couturier de la famille royale d’Espagne. Cette prestigieuse collaboration a été une expérience importante dans mon parcours universitaire. Je n’aurais jamais imaginé une telle opportunité à ce moment-là.

J’ai ensuite poursuivi trois années de doctorat en littérature espagnole au sein de l’école doctorale de Sorbonne Nouvelle autour des auteurs contemporains. Ce travail de recherche m’a apporté une grande rigueur intellectuelle, des capacités d’analyse et une méthodologie de travail assez exigeante.

Par la suite, j’ai souhaité compléter ce parcours littéraire par une formation tournée vers l’action publique et les politiques sociales. J’ai donc repris des études en Master administration publique avec l’IPAG de l’Université Paris Nanterre et l’Université de Poitiers. Mon mémoire portait sur l’accès et le maintien dans l’emploi des personnes sourdes.

J’ai ensuite obtenu un Master 2 « Direction, coordination et conseil dans l’intervention sociale et médico-sociale » à l’INSEI. Formation longue et exigeante ponctuée de stages et de groupes de travaux avec d’autres étudiant.e.s, ce qui est vraiment très formateur. Il s’agit d’un diplôme conçu pour former à la direction de structures sociales et médico-sociales.

À ce moment-là, je ne pensais pas nécessairement rejoindre une association. C’est ma rencontre avec la présidente, Chantal Rialin, qui a été déterminante. Chantal souhaitait professionnaliser davantage FDFA, structurer son développement et renforcer son rayonnement. Elle m’a alors proposé de rejoindre l’association, puis d’en assurer la direction générale. Je lui en suis très reconnaissante.

« Qu’est-ce qui vous a orientée vers les questions de handicap et de violences ? »

Il y a évidemment une dimension personnelle. Mon frère est sourd et je l’ai accompagné pendant des années dans différentes démarches administratives et institutionnelles. Aujourd’hui, il est enseignant spécialisé en LSF et titulaire d’une licence spécialisée dans l’enseignement de la langue des signes française. Je suis très fière de lui et de son parcours, et très heureuse de le savoir très épanoui dans son travail. Nous ne sommes que deux enfants et je suis naturellement très proche de mon frère et de mes neveux que je vois très régulièrement. J’envisage un jour de perfectionner mon niveau de Langue des Signes Française afin de pouvoir aider d’autres personnes atteintes de surdité.

J’ai également eu l’opportunité d’accompagner des femmes sourdes victimes de violences. Ces expériences m’ont permis de mesurer concrètement les difficultés d’accès aux droits, les situations d’isolement et certains obstacles institutionnels encore très présents pour les femmes en situation de handicap.

C’est progressivement ce qui m’a amenée vers le secteur social et médico-social.

« En quoi votre parcours constitue-t-il un atout pour vos fonctions actuelles ? »

Je pense que mon parcours me permet sans doute – du moins je l’espère – d’avoir une approche à la fois intellectuelle, institutionnelle et humaine.

Je pense qu’en général, les études littéraires apportent une capacité rédactionnelle, l’analyse critique et la rigueur. Le travail doctoral m’a appris l’endurance, la recherche et l’exigence méthodologique. Les formations en administration publique et en direction médico-sociale m’ont apporté l’expérience de terrain, ce qui est très précieux dans le monde professionnel.

Aujourd’hui, cela me permet de porter les projets associatifs de FDFA, de développer des partenariats, notamment avec la Kering Foundation, de contribuer à structurer le développement de FDFA avec une vision à la fois stratégique et opérationnelle.

Je dirige également une équipe de collaboratrices et collaborateurs composée de stagiaires, alternantes, bénévoles et salarié.e.s aux profils complémentaires, engagé.e.s autour des questions de handicap, de citoyenneté et de lutte contre les violences faites aux femmes en situation de handicap.

« Parlez-nous des outils que vous avez initiés »

Depuis mon arrivée, j’ai notamment contribué au développement et à l’impulsion de plusieurs outils autour des violences faites aux femmes en situation de handicap, comme le Handi’Mètre, la Boussole, la Roue des obstacles institutionnels, la campagne « J’entends » et le guide juridique.

Ce travail n’aurait pas pu voir le jour sans Léonie Humbert, brillante étudiante à Sciences Po Paris et en philosophie à La Sorbonne, et précieuse stagiaire collaboratrice qui a conçu la majorité des outils de FDFA à partir de mes propositions. D’autres collaboratrices tout aussi précieuses et talentueuses ont contribué à la conception de ces outils novateurs et innovants : je pense notamment à Albertine Roux, juriste, et à Asanya Rey, également étudiante au sein de Sciences Po Paris.

Et puis Chantal Rialin porte une vision très moderne pour FDFA et utilise concrètement nos outils lors de ses sensibilisations. Nous avons donc des retours car Chantal est avant tout une femme de terrain. Notre présidente sensibilise plusieurs professionnel.le.s de santé à l’année et intervient dans toute la France pour sensibiliser à la question des violences faites aux femmes en situation de handicap. Sa formation d’assistante sociale et sa présidence incarnée me sont très précieuses. Elle a une énergie incroyable et m’inspire énormément au quotidien.

Sous le prénom de Soraya, sans doute plus simple et plus rapide à identifier dans le cadre de mes fonctions professionnelles que mon prénom Marie-Soraya, je poursuis aujourd’hui ce travail de structuration et de développement des projets de FDFA avec mon équipe, même si la question du financement des associations n’est pas très rassurante. Sans soutiens financiers concrets, les associations ne peuvent pas envisager des actions pérennes. Toutefois, la singularité de notre association créée par Maudy Piot avec le soutien d’Anne Hidalgo, ancienne Maire de Paris, ainsi que les reconnaissances institutionnelles de Chantal Rialin, m’amènent à penser que FDFA est une association qui sera encore soutenue financièrement. Du moins, nous y croyons très fort chez FDFA.

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