Par Chantal Rialin & Soraya Almansa
La question des violences faites aux femmes âgées demeure insuffisamment prise en compte dans les politiques publiques, les travaux de recherche et les dispositifs d’accompagnement. Cette invisibilisation est encore plus marquée lorsque les femmes concernées sont en situation de handicap.
À l’intersection du sexisme, du validisme et de l’âgisme, les femmes en situation de handicap âgées peuvent être confrontées à des formes multiples de violences, dont certaines restent particulièrement difficiles à identifier. Les violences psychologiques, économiques, administratives ou encore les atteintes à la liberté d’aller et venir sont fréquemment minimisées, voire considérées comme des conséquences ordinaires de la dépendance ou du vieillissement.
L’avancée en âge s’accompagne parfois d’une perte d’autonomie qui accroît le recours à des tiers pour les actes essentiels de la vie quotidienne. Cette dépendance peut créer des situations de vulnérabilité particulières lorsque la personne aidante — conjoint, enfant, membre de la famille, professionnel ou professionnelle — exerce un contrôle excessif sur les choix, les déplacements, les ressources financières ou les relations sociales de la femme concernée.
Les violences peuvent prendre des formes diverses : confiscation de moyens de paiement, pressions concernant le lieu de vie, refus d’accompagner la personne à des rendez-vous médicaux, limitation des contacts avec l’entourage, dénigrement, menaces ou infantilisation systématique. Ces comportements portent atteinte aux droits fondamentaux des femmes concernées et compromettent leur autonomie ainsi que leur capacité à exercer pleinement leur citoyenneté.
Les femmes en situation de handicap âgées rencontrent également des obstacles spécifiques lorsqu’elles souhaitent signaler les violences dont elles sont victimes. La crainte de perdre une aide indispensable au quotidien, la peur des représailles, l’isolement géographique ou social, les difficultés de communication ou encore le manque de dispositifs accessibles constituent autant de freins à la révélation des violences.
L’expérience de l’association Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir confirme cette réalité. À travers sa ligne nationale d’écoute « Écoute Violences Femmes Handicapées », FDFA accompagne depuis de nombreuses années des femmes en situation de handicap confrontées à des violences. Parmi les situations signalées figurent des cas de contrôle exercé par des proches, de violences psychologiques répétées, d’abus financiers ou encore d’atteintes à la liberté de choix concernant le logement, les soins ou la vie quotidienne.
Ces témoignages mettent en lumière la nécessité de renforcer le repérage des violences à l’égard des femmes en situation de handicap âgées et d’adapter les réponses apportées par les institutions. Les acteurs du secteur médico-social, sanitaire, judiciaire et associatif doivent être sensibilisés aux mécanismes spécifiques de l’emprise et aux conséquences de la dépendance lorsqu’elle est instrumentalisée par l’auteur des violences.
La lutte contre les violences faites aux femmes ne peut ignorer celles qui avancent en âge. Les femmes en situation de handicap âgées ont les mêmes droits que toutes les autres femmes : le droit à la sécurité, à la dignité, à l’autodétermination et au respect de leur intégrité physique et psychique.
Rendre visibles ces violences constitue une exigence de justice et d’égalité. C’est également une condition indispensable pour garantir une protection effective à celles qui demeurent encore trop souvent les oubliées des politiques de prévention et de lutte contre les violences.