1. Pourquoi vous être engagée sur la question des violences faites aux femmes en situation de handicap ?
Cet engagement me vient de l’accompagnement de personnes sourdes, et plus particulièrement de femmes sourdes victimes de violences conjugales, que j’ai accompagnées à titre personnel. J’ai été confrontée à un véritable parcours du combattant : absence d’interprètes en LSF, difficultés d’accès à l’information, et pour beaucoup, des obstacles liés à la maîtrise de l’écrit. Ces situations rendent l’accès aux droits particulièrement complexe et contribuent à invisibiliser les violences.
2. Que révèlent les témoignages que vous recevez à FDFA ?
Ils révèlent d’abord une difficulté majeure à être crues. Il existe encore une idée profondément ancrée selon laquelle « on ne frappe pas une femme en situation de handicap ». Cette représentation contribue à invisibiliser les violences et à retarder leur reconnaissance. Les femmes que nous accompagnons évoquent aussi des parcours marqués par l’isolement et des violences qui s’inscrivent dans la durée.
3. Pourquoi ces femmes restent-elles encore trop souvent exclues des dispositifs ?
Parce que les dispositifs ne sont pas pensés pour toutes les situations de handicap. L’accessibilité reste partielle : absence d’interprètes, lieux inadaptés, manque de formation. Cela crée une exclusion de fait. L’enjeu aujourd’hui est d’intégrer pleinement ces réalités dans les dispositifs existants.
4. Quel rôle jouent les outils développés par FDFA ?
J’ai imaginé et structuré ces outils à partir des réalités observées sur le terrain, puis j’en ai confié la conception à Asanya Rey et Léonie Humbert, stagiaires et étudiantes à Sciences Po Paris, et Albertine Roux, stagiaire en master 2 de droit.
Le Handi’Mètre, la Roue des violences et la frise chronologique et nos autres outils sont ainsi nés d’un travail collectif. Ils ont été pensés par des femmes, pour des femmes en situation de handicap, et avec elles. Leur objectif est de rendre les violences visibles, compréhensibles et utilisables comme leviers d’action, tant pour les femmes concernées que pour les professionnelles.
5. Qu’est-ce qui doit évoluer en priorité aujourd’hui ?
Le regard collectif. Il faut reconnaître que les violences faites aux femmes en situation de handicap ne sont pas marginales, mais structurelles. Cela implique d’adapter les politiques publiques, de rendre l’accessibilité effective et de donner toute leur place aux femmes concernées dans les décisions qui les touchent.