1. En tant que stagiaire en psychologie sociale, quel regard portez-vous sur les mécanismes d’emprise ou d’isolement que peuvent vivre certaines femmes en situation de handicap ?
L’emprise et l’isolement s’analysent ici comme des dynamiques systémiques. L’agresseur instrumentalise la situation de handicap pour asseoir une asymétrie de pouvoir. L’isolement ne résulte pas seulement d’actes de violence directe, mais d’une confiscation progressive de l’autonomie, où la dépendance (qu’elle soit matérielle, physique ou affective) est utilisée pour refermer le huis clos et couper la personne de tout réseau de soutien extérieur.
2. Quels impacts psychologiques peuvent avoir les violences, les discriminations ou le manque de reconnaissance sur la construction de soi et l’estime personnelle ?
Ces violences entraînent une dégradation profonde et durable de l’estime personnelle. La construction de soi s’en trouve déformée : à force d’évoluer dans un environnement invalidant ou hostile, la personne risque d’intérioriser les stigmates, le sexisme et le validisme qu’elle subit. Ce manque de reconnaissance altère la perception de sa propre valeur, générant un sentiment d’illégitimité et une vision altérée de sa propre identité.
3. Pourquoi les femmes en situation de handicap sont-elles parfois davantage exposées aux violences ou aux relations déséquilibrées ?
C’est intimement lié à une vulnérabilité que je qualifierais de « structurelle » plutôt qu’individuelle. Le handicap implique très souvent de devoir s’en remettre à son entourage, à des aidants ou à son conjoint pour accomplir les gestes du quotidien ou assurer sa sécurité financière. Cette dépendance crée un déséquilibre de pouvoir dans la relation. C’est une faille dans laquelle un agresseur peut très facilement s’engouffrer pour asseoir sa domination. De plus, comme la société invisibilise énormément les femmes en situation de handicap, les agresseurs bénéficient d’un sentiment d’impunité, sachant que la parole de ces femmes sera souvent remise en doute ou moins écoutée.
4. Selon vous, quels sont les principaux obstacles rencontrés par les femmes en situation de handicap lorsqu’elles cherchent de l’aide ou souhaitent faire valoir leurs droits ?
Sur le terrain, j’identifie surtout deux barrières majeures. Le premier obstacle, c’est la méconnaissance : beaucoup de femmes, parce qu’elles sont maintenues dans l’isolement, ne savent tout simplement pas qu’il existe des structures capables de les accompagner spécifiquement. Le second obstacle, souvent le plus décourageant, c’est le manque d’accessibilité de ces mêmes structures lorsqu’elles parviennent enfin à demander de l’aide. Qu’il s’agisse de commissariats inaccessibles en fauteuil, de numéros d’urgence inadaptés, ou de professionnels non formés au handicap, se heurter à ces murs est d’une grande violence institutionnelle et ne fait que renforcer leur isolement initial.
5. Quel rôle les associations comme FDFA peuvent-elles jouer dans le processus de reconstruction, d’écoute et de reprise de pouvoir sur sa vie ?
Elles jouent un rôle de levier indispensable en constituant un espace sécurisant d’écoute, de rencontre et d’échange entre paires où le jugement n’a pas sa place. C’est en sortant du silence et en partageant leur vécu avec d’autres femmes concernées que les bénéficiaires peuvent briser l’emprise et commencer à envisager des alternatives réelles à leur situation. Par la suite, grâce à des dispositifs concrets comme les ateliers collectifs proposés par FDFA, ces femmes acquièrent des outils pratiques et psychologiques. Elles apprennent à se réapproprier leur corps, leur confiance et, finalement, à reprendre pleinement le pouvoir sur leurs décisions et leur vie.