Les violences économiques faites aux femmes en situation de handicap : une réalité encore trop méconnue

Article rédigé par Chantal Rialin & Soraya Almansa

Lorsqu’on évoque les violences faites aux femmes, les violences physiques, psychologiques ou sexuelles sont souvent les premières qui viennent à l’esprit. Pourtant, une autre forme de violence, plus discrète mais tout aussi destructrice, touche de nombreuses femmes en situation de handicap : les violences économiques.

Ces violences reposent sur le contrôle, la privation ou l’exploitation des ressources financières d’une personne afin de la maintenir dans une situation de dépendance. Pour les femmes en situation de handicap, cette forme de violence est particulièrement préoccupante car elle se combine souvent avec d’autres vulnérabilités liées à l’accès à l’emploi, aux revenus et à l’autonomie.

La dépendance financière : un terrain propice aux violences

De nombreuses femmes en situation de handicap disposent de revenus modestes. Certaines perçoivent l’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH), une pension d’invalidité ou d’autres prestations sociales. D’autres rencontrent des difficultés d’accès à l’emploi ou exercent une activité à temps partiel en raison de leur état de santé.

Cette fragilité économique peut renforcer leur dépendance à l’égard d’un conjoint, d’un membre de la famille ou d’un aidant. Lorsque cette dépendance est exploitée pour imposer une domination ou limiter les choix de vie de la personne, elle devient un levier de violence.

Le contrôle des ressources financières

Les violences économiques prennent de multiples formes. Certaines femmes signalent que leur conjoint surveille leurs dépenses, exige l’accès à leurs comptes bancaires, conserve leurs moyens de paiement ou les empêche d’effectuer certaines démarches administratives.

D’autres expliquent devoir justifier chaque achat, demander de l’argent pour les dépenses du quotidien ou subir des reproches constants concernant leur gestion financière. Ces comportements visent à réduire progressivement leur autonomie et leur capacité à prendre des décisions.

La captation de l’AAH et des prestations sociales

Parmi les situations fréquemment rapportées par les femmes accompagnées, figure la captation de l’AAH ou d’autres prestations destinées à compenser les conséquences du handicap.

Certains auteurs de violences s’approprient totalement ou partiellement ces ressources, utilisent la carte bancaire de la victime, réalisent des retraits à son insu ou l’obligent à financer les dépenses du foyer sans lui laisser la possibilité de disposer librement de son argent.

Dans certains cas, les violences sont exercées par un conjoint, mais elles peuvent également provenir d’un parent, d’un enfant majeur ou d’un proche aidant qui profite de la situation de dépendance de la personne concernée.

Des obstacles supplémentaires pour quitter les violences

L’absence de ressources suffisantes constitue l’un des principaux freins au départ d’un conjoint violent. Pour les femmes en situation de handicap, cette difficulté est souvent aggravée par des problématiques d’accessibilité, de logement adapté, de mobilité ou d’accompagnement humain.

Quitter un domicile peut signifier perdre un logement accessible, une aide quotidienne ou des repères indispensables à l’autonomie. Cette réalité conduit certaines femmes à demeurer dans des situations dangereuses faute de solutions adaptées.

Rompre l’isolement et demander de l’aide

Les violences économiques ne sont jamais anodines. Elles constituent une forme de contrôle et d’emprise qui prive les femmes de leur liberté de choix et compromet leur autonomie.

Il est essentiel que les professionnels, les proches et les institutions soient sensibilisés à ces mécanismes afin de mieux repérer les situations à risque et accompagner les victimes.

Depuis plus de vingt ans, FDFA accompagne les femmes en situation de handicap confrontées aux violences. Grâce à sa ligne d’écoute, ses actions de sensibilisation et son expertise reconnue, l’association contribue à rendre visibles des violences encore trop souvent ignorées.

Aucune femme ne devrait être contrainte de choisir entre sa sécurité et sa survie financière. Reconnaître les violences économiques, c’est déjà commencer à les combattre.

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