1. Quel regard portez-vous sur la place accordée aujourd’hui aux femmes en situation
de handicap dans les médias et la communication institutionnelle ?
Aujourd’hui, la place des femmes en situation de handicap dans les médias reste limitée. Lorsqu’elles
sont visibles, c’est souvent à travers des récits centrés sur la “résilience” ou la “vulnérabilité”, ce qui
réduit leur identité à leur handicap et ne reflète pas pleinement la diversité de leurs parcours.
Toutefois, certains parcours sont de plus en plus mis en valeur, ce qui constitue une évolution positive
qu’il est pertinent de poursuivre et de renforcer.
Dans la communication institutionnelle, des progrès existent même si les femmes en situation de
handicap demeurent encore peu présentes notamment dans les campagnes grand public.
Lorsqu’elles apparaissent, cela relève souvent davantage d’une représentation symbolique que d’une
véritable inclusion dans les messages.
Par ailleurs, cette sous-représentation ou représentation partielle limite la portée des messages et
leur impact auprès du public.
Par conséquent, cela souligne l’importance de considérer les femmes en situation de handicap
comme des êtres humains avant tout. Il est essentiel de les reconnaître pleinement et de favoriser
une communication plus inclusive.
2. Pourquoi est-il important de développer une communication plus inclusive et
accessible autour des questions de handicap et de violences ?
Développer une communication plus inclusive et accessible sur le handicap et les violences est
essentiel car cela permet de rendre visibles des réalités encore trop souvent ignorées. Selon l’ONU,
les femmes et les filles en situation de handicap ont trois fois plus de risques de subir des violences
que les femmes valides. Dans un contexte où, selon FDFA, près de 4 femmes en situation de
handicap sur 5 sont déjà concernées par des violences au cours de leur vie, rendre ces situations
visibles c’est permettre qu’elles soient mieux comprises, reconnues et prises en charge.
Cela contribue aussi à déconstruire les stéréotypes et à rappeler que les femmes en situation de
handicap sont avant tout des citoyennes à part entière, avec des droits, une autonomie et des
parcours divers.
Une communication accessible facilite également l’accès à l’information, aux dispositifs de protection
et aux ressources existantes.
Enfin, cette dernière participe à créer un environnement réellement inclusif, en allégeant la charge
supplémentaire que ces femmes subissent déjà face aux violences et aux obstacles du quotidien.
3. Selon vous, quels sont les principaux clichés ou idées reçues qui persistent
encore concernant les femmes en situation de handicap ?
Les stéréotypes sur le handicap alimentent encore de nombreuses discriminations, dans la vie
quotidienne comme dans le monde professionnel. Trop souvent, les femmes en situation de
handicap sont jugées à travers leur handicap plutôt qu’à travers leurs compétences, ce qui conduit à
une sous-estimation de leurs capacités et à des inégalités d’accès à l’emploi ou à l’évolution
professionnelle.
Pour les femmes en situation de handicap, ces stéréotypes peuvent être renforcés par les inégalités
liées au genre. Cela se traduit par des préjugés concernant leur autonomie, leur vie affective ou leur
capacité à exercer certains rôles sociaux.
Ce constat est lié au terme “capacitisme”, issu de l’anglais “ableism”, utilisé dans les Disability Studies
pour désigner la discrimination fondée sur la hiérarchie des capacités, notamment dans les travaux
sur le handicap et les droits humains (ONU).
À l’inverse, elles peuvent aussi être confrontées à l’ ”inspiration porn” ce qui signifie “inspiration
instrumentalisée”. Ce terme, créé par la militante des droits des personnes en situation de handicap
Stella Young, désigne un phénomène qui consiste à présenter une personne en situation de handicap
comme « inspirante » simplement parce qu’elle accomplit des actes ordinaires. Dans les deux cas, le
regard porté sur la femme reste biaisé: elle n’est plus reconnue pour ce qu’elle sait faire, mais définie
par son handicap.
À cela s’ajoute la réalité du handicap invisible, qui peut être davantage remis en cause ou minimisé,
car ils ne se voient pas toujours, ce qui conduit parfois à une mise en doute de la légitimité du
handicap et des difficultés vécues par la personne.
4. Comment les réseaux sociaux peuvent-ils contribuer à sensibiliser davantage le
public aux réalités vécues par les femmes en situation de handicap ?
À l’ère du numérique, les réseaux sociaux jouent un rôle important dans la diffusion de l’information,
avec une visibilité de masse qui permet de toucher un large public. Grâce au format visuel et aux
témoignages, l’impact est souvent plus fort et plus direct. Cela peut encourager la prise de parole des
femmes en situation de handicap, créer des espaces de soutien et favoriser l’émergence de
communautés bienveillantes.
Ils participent aussi à déconstruire certains stéréotypes encore présents dans l’imaginaire collectif.
Bien que ceux-ci aient leurs limites, les réseaux sociaux permettent de sensibiliser largement, mais
leur impact reste limité par la désinformation et le cyberharcèlement, ce qui appelle à une certaine
vigilance.
5. Quelles actions de communication vous semblent aujourd’hui les plus efficaces
pour faire évoluer les regards et renforcer la visibilité des femmes concernées ?
L’association FDFA a déjà mis en place une newsletter régulière. Cet outil permet de créer un
lien permanent avec les publics concernés et les lecteurs, de diffuser des contenus
accessibles, de valoriser les actions menées et de partager des ressources utiles.
Une communication efficace passe aussi par une utilisation prudente des réseaux sociaux, afin
de profiter de leur portée tout en limitant leurs dérives. Mettre en place une stratégie de
communication à la fois large et utilisée avec parcimonie permettrait d’atteindre les objectifs
tout en gardant une maîtrise des messages et de leur impact.
De manière générale, les actions de communication les plus efficaces sont celles qui sont
co-construites avec les femmes concernées, afin de garantir une représentation juste et fidèle
de leurs réalités. Il est également essentiel de continuer à valoriser les associations et
structures engagées, notamment lors d’événements thématiques comme les journées de
sensibilisation ou à travers des campagnes grand public.
La sensibilisation doit également commencer dès le plus jeune âge de manière pédagogique et
se diffuser sur différents canaux : numérique, institutionnel, médias et outils ressources.
Les rencontres avec des femmes en situation de handicap sont aussi essentielles car elles
permettent de changer les regards de manière concrète, de mieux comprendre les réalités
vécues et de déconstruire les stéréotypes.
Enfin, la participation à des projets audiovisuels, comme le film “La Maison des Femmes” que
nous avons eu l’opportunité de découvrir en avant-première, permet de mieux saisir la réalité
du terrain tout en valorisant les équipes engagées et les actions concrètes menées auprès des
femmes concernées.
L’accessibilité des formats reste indispensable avec par exemple le sous-titrage ou des
contenus adaptés pour garantir une communication réellement inclusive.