Par Chantal Rialin et Soraya Almansa
L’accès à la santé est un droit fondamental. Pourtant, de nombreuses femmes en situation de handicap rencontrent encore aujourd’hui des difficultés importantes pour accéder à la prévention, aux dépistages et aux soins gynécologiques.
Ces obstacles concernent tous les types de handicap et peuvent avoir des conséquences directes sur la santé, l’autonomie et la qualité de vie des femmes concernées.
Un suivi gynécologique insuffisant
Les femmes en situation de handicap bénéficient moins souvent d’un suivi gynécologique régulier que le reste de la population.
En Île-de-France, seules 58 % des femmes en situation de handicap déclarent bénéficier d’un suivi gynécologique, contre 77 % des femmes dans la population générale.
Ces écarts s’expliquent notamment par des difficultés de déplacement, un manque d’accessibilité des cabinets médicaux, l’absence de matériel adapté ou encore une méconnaissance des besoins spécifiques des femmes en situation de handicap par certains professionnels de santé.
Femmes de petite taille : des besoins souvent invisibilisés
Les femmes de petite taille rencontrent fréquemment des difficultés lors des consultations médicales et gynécologiques.
Les tables d’examen, mammographes ou équipements de radiologie sont généralement conçus pour des femmes de taille standard. Monter sur une table d’examen ou réaliser certains examens peut alors devenir compliqué sans aménagement spécifique.
Ces obstacles, parfois perçus comme mineurs, peuvent décourager certaines femmes et conduire à un renoncement aux soins.
Des dépistages encore trop peu réalisés
Les femmes en situation de handicap participent moins souvent aux programmes de dépistage des cancers féminins.
Une étude menée auprès des bénéficiaires de l’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH) montre que seulement 42 % des femmes concernées avaient réalisé une mammographie de dépistage, contre près de 68 % dans la population générale.
Les écarts sont également importants concernant le dépistage du cancer du col de l’utérus : environ 28 % des femmes bénéficiaires de l’AAH avaient réalisé un frottis, contre 50 % dans la population générale.
Ces retards de dépistage augmentent le risque de diagnostics tardifs et réduisent les chances d’une prise en charge précoce.
Femmes sourdes : des difficultés de communication persistantes
Pour les femmes sourdes, l’accès aux soins peut être entravé par l’absence d’interprètes en langue des signes française (LSF) ou par des informations médicales insuffisamment adaptées.
Comprendre un diagnostic, poser des questions, exprimer ses symptômes ou donner un consentement éclairé peut devenir plus complexe lorsque la communication n’est pas accessible.
Pour les femmes sourdes victimes de violences, ces difficultés peuvent être encore plus importantes. L’absence d’interprète, la dépendance à un proche pour communiquer ou le manque de professionnels sensibilisés peuvent compromettre la confidentialité des échanges et rendre plus difficile le repérage des violences.
Femmes aveugles ou malvoyantes : accéder à l’information
Les campagnes de prévention, les convocations aux dépistages et les documents médicaux sont encore majoritairement diffusés sous forme écrite ou visuelle.
Lorsqu’ils ne sont pas disponibles en braille, en version audio ou dans des formats numériques accessibles, les femmes aveugles ou malvoyantes peuvent rencontrer des difficultés pour accéder à des informations essentielles concernant leur santé.
L’accès à l’information constitue pourtant une condition indispensable à l’autonomie et à l’exercice du libre choix.
Une méconnaissance fréquente du corps et de la santé sexuelle
De nombreuses femmes en situation de handicap n’ont pas bénéficié d’une éducation complète à la vie affective, relationnelle et sexuelle.
Le programme Handigynéco a mis en évidence des lacunes préoccupantes en matière de connaissances sur le corps et la santé sexuelle. Parmi les femmes interrogées :
- 48 % déclarent ne pas connaître les différentes parties de leur corps ;
- 56 % ne savent pas à quoi sert une contraception ;
- 57 % ne savent pas à quoi sert un préservatif.
Ces chiffres témoignent des conséquences de décennies de stéréotypes considérant encore trop souvent les femmes en situation de handicap comme asexuées ou ne nécessitant pas d’information spécifique sur leur santé sexuelle et reproductive.
Cette méconnaissance peut compliquer l’identification de symptômes inhabituels, retarder les consultations médicales et accroître la vulnérabilité face aux violences.
Une surexposition aux violences
Les femmes en situation de handicap sont particulièrement exposées aux violences.
Selon les données reprises par HandiConnect, quatre femmes en situation de handicap sur cinq déclarent avoir subi des violences ou des maltraitances au cours de leur vie.
Les professionnels de santé jouent donc un rôle essentiel dans le repérage, l’écoute et l’orientation des victimes.
Un accès effectif aux soins constitue également un levier de protection contre les violences.
Construire une santé réellement inclusive
Garantir l’accès à la santé des femmes en situation de handicap nécessite une mobilisation collective.
Cela implique notamment :
- des équipements médicaux accessibles ;
- des cabinets adaptés à tous les handicaps ;
- une meilleure formation des professionnels de santé ;
- le recours aux interprètes en langue des signes française lorsque nécessaire ;
- des informations disponibles dans des formats accessibles ;
- le développement de l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle ;
- une meilleure prise en compte des besoins des femmes handicapées dans les politiques publiques.
Pour FDFA, l’accès à la santé sexuelle et reproductive des femmes en situation de handicap constitue un enjeu majeur d’égalité. L’accessibilité des soins, la lutte contre les stéréotypes, le repérage des violences et l’accès à une information adaptée doivent devenir des priorités afin que chaque femme puisse exercer pleinement ses droits et accéder aux soins dans des conditions dignes et respectueuses.