Quand le pouvoir cherche à faire taire les femmes : une réalité aggravée pour les femmes en situation de handicap

Par Chantal Rialin & Soraya Almansa

Le pouvoir n’est pas en soi un problème. Dans toute société, certaines personnes exercent des responsabilités, dirigent des institutions, prennent des décisions ou disposent d’une influence particulière. Le problème apparaît lorsque ce pouvoir est utilisé pour dominer, intimider, contrôler ou réduire au silence celles et ceux qui contestent un ordre établi.

Les femmes connaissent depuis longtemps ces mécanismes. Dans la sphère familiale, professionnelle, politique, associative ou institutionnelle, nombreuses sont celles qui ont été confrontées à des tentatives de discrédit de leur parole. Lorsqu’elles dénoncent des violences, des discriminations ou des abus, elles sont parfois qualifiées d’exagérées, d’instables, d’émotives, d’hystériques ou de conflictuelles. Leur parole est scrutée avec davantage de sévérité que celle de leurs contradicteurs.

Pour les femmes en situation de handicap, cette réalité est encore plus marquée.

Le handicap crée souvent une relation de dépendance, qu’elle soit financière, administrative, médicale, affective ou matérielle. Cette dépendance peut être exploitée par des personnes qui occupent une position dominante : conjoint, parent, aidant, employeur, professionnel de santé, travailleur social ou représentant institutionnel.

Certaines femmes rapportent ainsi que leur parole est systématiquement remise en cause en raison de leur handicap. Une femme ayant un handicap psychique pourra être accusée d’inventer ou de mal interpréter les faits. Une femme ayant une déficience intellectuelle pourra être considérée comme incapable de comprendre ce qu’elle vit. Une femme sourde pourra rencontrer des difficultés à faire entendre son récit faute d’interprète. Une femme présentant des troubles de la communication pourra ne pas être comprise ou ne pas disposer des outils nécessaires pour s’exprimer.

Dans ces situations, le handicap devient un facteur supplémentaire de vulnérabilité.

Les tentatives de mise au silence prennent de nombreuses formes.

Elles peuvent être psychologiques. L’auteur des violences répète à la victime que personne ne la croira, qu’elle n’a aucune preuve, qu’elle est trop fragile ou qu’elle perdra davantage encore si elle parle.

Elles peuvent être administratives. Certaines femmes se retrouvent privées d’accès à des documents essentiels, à leurs ressources financières, à leurs comptes ou à des informations nécessaires pour faire valoir leurs droits.

Elles peuvent être institutionnelles. Les démarches deviennent si complexes que la personne finit par abandonner. Les formulaires sont inaccessibles, les locaux ne sont pas adaptés, les délais s’allongent, les interlocuteurs changent sans cesse et les procédures paraissent insurmontables.

Elles peuvent être judiciaires. Certaines victimes renoncent à porter plainte parce qu’elles craignent de ne pas être crues ou parce qu’elles ont déjà été confrontées à des réactions de minimisation.

Elles peuvent être économiques. L’auteur contrôle les ressources, les dépenses ou les aides financières. La victime sait que toute prise de distance risque d’avoir des conséquences immédiates sur son logement, ses déplacements ou ses conditions de vie.

Les femmes sourdes illustrent particulièrement cette réalité. Faute d’interprètes en langue des signes française dans certains commissariats, services médicaux ou juridictions, elles rencontrent des obstacles majeurs pour signaler des violences, comprendre leurs droits ou être accompagnées dans leurs démarches.

Les femmes ayant un handicap moteur peuvent dépendre physiquement d’une personne qui exerce sur elles des violences. Quitter le domicile devient alors une opération complexe nécessitant des moyens humains et matériels parfois difficiles à mobiliser.

Les femmes ayant un handicap psychique ou cognitif sont fréquemment confrontées à une remise en cause de leur crédibilité. Leurs déclarations sont davantage questionnées, ce qui peut renforcer leur isolement et leur sentiment d’impuissance.

Cette mise au silence ne se limite pas aux violences conjugales. Elle se retrouve également dans l’accès à l’emploi, à la santé, au logement, à la parentalité, à la vie affective et sexuelle ou encore à la participation citoyenne.

Lorsqu’une femme en situation de handicap ose dénoncer une injustice, elle doit souvent surmonter plusieurs obstacles simultanément : le sexisme, le validisme, les stéréotypes liés à son handicap et parfois la précarité sociale.

Pourtant, chaque jour, des femmes refusent de se taire.

Elles témoignent. Elles portent plainte. Elles créent des associations. Elles participent à des groupes de parole. Elles interpellent les institutions. Elles produisent des savoirs issus de leur expérience. Elles rappellent que l’expertise des personnes concernées est indispensable à la construction de politiques publiques réellement inclusives.

Les écouter n’est pas un acte de bienveillance. C’est une exigence démocratique.

Une société inclusive ne se mesure pas uniquement à ses lois ou à ses discours. Elle se mesure à sa capacité à entendre celles dont la parole a été historiquement ignorée.

Les femmes en situation de handicap ne demandent pas un traitement particulier. Elles demandent simplement que leur parole ait la même valeur, la même légitimité et la même force que celle de n’importe quel autre citoyen.

Femmes Handicapées, Citoyennes avant tout !

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