« Personne ne te croira » : quand le handicap est utilisé pour réduire les femmes victimes de violences au silence

Par Chantal Rialin et Soraya Almansa 

Pour de nombreuses femmes en situation de handicap, dénoncer des violences représente un véritable parcours du combattant.

Au traumatisme des violences elles-mêmes s’ajoutent souvent la peur des représailles, la dépendance à un proche ou à un aidant, les difficultés d’accès aux dispositifs de protection et, trop souvent encore, la remise en cause de leur parole.

De nombreuses femmes accompagnées par FDFA décrivent une même réalité : lorsqu’elles tentent de parler, leur handicap, leur état de santé, leur suivi médical ou psychologique, leurs traitements ou leurs vulnérabilités sont utilisés contre elles.

L’objectif est clair : les faire taire.

« Personne ne te croira »

Cette phrase est l’une des plus fréquemment rapportées par les victimes.

« Personne ne te croira. »

« Tu es folle. »

« Tu inventes. »

« Tu exagères. »

« Tu ne comprends pas ce qui se passe. »

« Tu es incapable de distinguer la réalité de ton imagination. »

Ces propos ne sont pas de simples paroles blessantes.

Ils constituent une véritable stratégie d’emprise.

À force d’être répétées, ces affirmations conduisent certaines femmes à douter d’elles-mêmes, à remettre en question leurs souvenirs, leurs ressentis et leur capacité à analyser ce qu’elles vivent.

Certaines renoncent à déposer plainte.

D’autres se rétractent.

Certaines gardent le silence pendant des années.

Le handicap utilisé comme outil de discrédit

Les auteurs de violences savent que les préjugés concernant le handicap existent encore dans la société.

Ils s’en servent.

Ils présentent parfois la victime comme fragile, incapable, instable ou dépendante.

Ils cherchent à convaincre l’entourage, les professionnels ou les institutions que sa parole aurait moins de valeur que celle d’une autre personne.

Ils détournent l’attention des violences dénoncées pour la concentrer sur le handicap de la victime.

Le problème n’est alors plus la violence.

Le problème devient la victime elle-même.

Or le handicap ne retire jamais la capacité à comprendre ce que l’on vit.

Il ne retire jamais la capacité à dénoncer des violences.

Il ne retire jamais la crédibilité.

Quand la santé mentale est instrumentalisée

Certaines femmes sont suivies par un psychologue.

D’autres consultent un psychiatre.

Certaines prennent des antidépresseurs ou des anxiolytiques.

D’autres encore ont développé des troubles anxieux ou dépressifs à la suite des violences subies.

Ces éléments peuvent être utilisés contre elles.

Certaines entendent :

« Elle voit un psychiatre. »

« Elle est sous médicaments. »

« Elle est dépressive. »

« Elle n’est pas stable. »

« Elle n’est pas fiable. »

Pourtant, consulter un professionnel de santé mentale ou suivre un traitement médical ne retire aucun droit et ne remet aucunement en cause la capacité à rapporter des faits.

Au contraire, les violences ont souvent des conséquences psychologiques importantes et le recours aux soins constitue une démarche de protection et de reconstruction.

Les ordonnances et les dossiers médicaux utilisés comme armes

Certaines victimes rapportent que leurs traitements, leurs ordonnances ou des informations relevant de leur santé sont utilisés contre elles.

Un antidépresseur.

Un anxiolytique.

Une hospitalisation ancienne.

Une consultation spécialisée.

Une ordonnance.

Un certificat médical.

L’auteur des violences peut s’appuyer sur ces éléments pour discréditer la victime ou menacer de les révéler.

Il peut chercher à faire croire que la parole de la victime serait moins fiable en raison de son état de santé.

Ces comportements sont particulièrement graves car ils utilisent des éléments relevant de la vie privée et de l’intimité de la personne.

Le chantage aux enfants

Pour les femmes ayant des enfants, l’une des menaces les plus fréquentes concerne la parentalité.

Certaines entendent :

« Je vais te prendre les enfants. »

« Le juge ne te les laissera jamais. »

« Avec ton handicap tu n’es pas capable d’être mère. »

« Les services sociaux vont intervenir. »

« Personne ne te donnera raison. »

Ces menaces provoquent souvent une peur considérable.

Certaines femmes restent dans des situations de violences pendant des années par crainte de perdre leurs enfants.

Il est pourtant essentiel de rappeler qu’en France, le handicap ne justifie jamais à lui seul un retrait d’enfant.

La prise d’un traitement médical ne justifie jamais à elle seule un retrait d’enfant.

Le suivi psychologique ne justifie jamais à lui seul un retrait d’enfant.

Les compétences parentales ne se résument ni à un handicap ni à un dossier médical.

Les femmes victimes de violences sexuelles particulièrement exposées aux stéréotypes

Les femmes en situation de handicap victimes de viol ou d’agressions sexuelles sont confrontées à des formes spécifiques de dénigrement.

Certaines rapportent avoir entendu :

« Qui voudrait te violer ? »

« Tu n’es pas assez jolie pour ça. »

« Tu cherches l’attention. »

« Tu as dû mal comprendre. »

« Tu inventes. »

« Personne ne te croira. »

Ces propos reposent sur des mythes profondément ancrés.

Le viol n’est pas lié à la beauté physique.

Le viol n’est pas lié à l’âge.

Le viol n’est pas lié à l’apparence de la victime.

Le viol est un acte de domination, de contrainte et de violence.

Les femmes en situation de handicap sont davantage exposées aux violences sexuelles que l’ensemble de la population féminine. Pourtant, leur parole est encore trop souvent remise en cause.

Utiliser les confidences de la victime contre elle

Au fil des années, une femme peut partager avec son conjoint, son aidant ou un proche des informations très personnelles.

Des traumatismes.

Des difficultés psychologiques.

Des peurs.

Des inquiétudes.

Des épisodes dépressifs.

Des fragilités.

Lorsque la relation devient violente, ces confidences peuvent être retournées contre elle.

Ce qui avait été confié dans la confiance devient un moyen de pression.

Ce qui relevait de l’intimité devient une arme.

Cette instrumentalisation des vulnérabilités est une forme de violence psychologique à part entière.

Ces comportements ne sont ni normaux ni acceptables

Utiliser le handicap d’une femme contre elle.

La faire passer pour folle.

Utiliser ses traitements médicaux pour la discréditer.

La menacer de perdre ses enfants.

Révéler ou instrumentaliser des informations médicales.

L’humilier en raison de son apparence physique.

Lui répéter que personne ne la croira.

Tous ces comportements participent de mécanismes d’emprise et de violences psychologiques.

Ils ne doivent jamais être banalisés.

Des droits et des protections existent

Les femmes en situation de handicap bénéficient exactement des mêmes droits que toutes les autres femmes.

Elles ont le droit d’être protégées.

Elles ont le droit d’être entendues.

Elles ont le droit de porter plainte.

Elles ont le droit au respect de leur vie privée.

Elles ont le droit au respect de leurs données de santé.

Elles ont le droit à un accompagnement adapté.

Selon les situations, différentes mesures peuvent être mobilisées : accompagnement associatif, aide juridique, dépôt de plainte, ordonnance de protection, accompagnement social, hébergement sécurisé ou intervention du juge aux affaires familiales.

Vous n’êtes pas seule

Si vous êtes une femme en situation de handicap victime de violences, des dispositifs spécialisés existent.

La ligne d’écoute nationale Écoute Violences Femmes Handicapées (EVFH)

Créée par FDFA, la ligne d’écoute nationale Écoute Violences Femmes Handicapées (EVFH) est dédiée aux femmes en situation de handicap victimes de violences.

Les écoutantes proposent :

  • une écoute confidentielle ;
  • une information sur les droits ;
  • une évaluation de la situation ;
  • une orientation vers les dispositifs adaptés ;
  • un accompagnement dans les démarches.

Chaque année, plusieurs milliers de femmes contactent ce service pour évoquer des violences psychologiques, physiques, sexuelles, économiques, administratives ou institutionnelles.

Ligne EVFH : 01 40 47 06 06

D’autres ressources peuvent être mobilisées

  • le 3919 – Violences Femmes Info ;
  • les associations d’aide aux victimes ;
  • les CIDFF ;
  • les Maisons des Femmes ;
  • les avocats spécialisés ;
  • les professionnels de santé ;
  • les services sociaux.

En cas d’urgence

  • 17 : Police ou Gendarmerie ;
  • 112 : numéro d’urgence européen ;
  • 114 : numéro d’urgence accessible par SMS et visiophonie, notamment pour les personnes sourdes, malentendantes ou ayant des difficultés à parler.

Croire les femmes en situation de handicap

Le handicap ne retire jamais la capacité à être victime.

Il ne retire jamais la capacité à dire la vérité.

Il ne retire jamais le droit d’être protégée.

Lorsqu’une femme en situation de handicap dénonce des violences, l’enjeu n’est pas d’examiner son apparence, ses traitements médicaux ou ses fragilités.

L’enjeu est d’écouter les faits qu’elle rapporte.

Parce qu’aucune femme ne devrait avoir à prouver qu’elle mérite d’être crue.

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