Le Refuge : le creuset d’un « nouveau care »

La « Méthode des petits soins »

Par le Dr Olivier Manceron, initiateur du projet de refuge porté par FDFA

Une approche adaptée à chaque femme

Comment accueillir et accompagner les femmes en situation de handicap victimes de violences conjugales et sexuelles, notamment celles dont la perte d’autonomie rend la fuite particulièrement difficile ?

FDFA se propose de concevoir un Refuge capable de les accueillir dans la diversité de leurs handicaps, de leurs histoires et de leurs situations sociales. Au-delà d’un lieu de protection, l’ambition est de construire un accompagnement global, attentif aux conséquences physiques et psychiques des violences.

Le projet repose sur une équipe féminine pluridisciplinaire, paramédicale et éducative, formée et supervisée, travaillant dans un dialogue permanent. Pour chaque femme, il s’agira de construire, avec elle et dans la bienveillance, une manière adaptée de procéder.

Chaque soin, chaque service et chaque proposition d’accompagnement feront l’objet d’une réflexion partagée entre les professionnelles. Les effets observés et le ressenti de la femme accueillie permettront de réajuster les interventions. Ce temps de recul, exigeant pour l’équipe, sera essentiel pour proposer un accompagnement respectueux et cohérent.

Le Refuge se veut ainsi un lieu de réflexion et d’amélioration des pratiques, nourri par l’expérience quotidienne. Les professionnelles y contribueront par leurs observations et leurs échanges. C’est par petites touches successives et combinées que la « Méthode des petits soins » cherchera à répondre aux besoins singuliers de chaque femme.

Une main tendue, plusieurs liens possibles

Dans une main tendue, les doigts sont un peu écartés, un peu différents, mais tous offerts dans un même geste.

Cette image exprime l’esprit du Refuge : tisser autour de la femme accueillie un faisceau de liens humains, distincts et complémentaires. Chaque professionnelle apporte sa présence, sa compétence et sa manière d’entrer en relation.

Entre les temps de contact, un espace libre doit subsister. Cet intervalle permet à chacune de respirer, de reconnaître la relation proposée et de décider de la place qu’elle souhaite lui accorder. Il contribue à personnaliser le soin et l’échange.

La femme accueillie doit pouvoir accepter une proposition, la différer ou la refuser. À chaque nouvelle rencontre, elle choisit sa participation, selon ses besoins et ses possibilités du moment. Une attention bienveillante peut alors devenir une occasion de soulagement et de retrouvailles avec une part d’elle-même.

Après les violences, faire confiance à une personne inconnue ne va pas de soi. Reconnaître une aide, un secours, suppose parfois du temps. Lorsque le sentiment de sécurité a été profondément atteint, même une rencontre destinée à protéger peut être vécue comme une menace.

Les premiers liens se construiront donc par petites touches, à travers des propositions calmes, régulières et sans pression. Leur continuité pourra progressivement donner des repères, sans brusquer ni imposer la relation.

La prudence reste essentielle : un geste de soin, une proximité ou une situation peuvent rappeler une agression et provoquer une réaction de peur. À l’inverse, une présence respectueuse et rassurante peut ouvrir un chemin vers l’apaisement. L’équipe devra rester attentive à ces réactions et adapter ses propositions, en dialogue avec la femme concernée.

La « Méthode des petits soins »

Les « petits soins » ne désignent pas des soins de moindre importance. Ils expriment une manière de procéder : des attentions ajustées, des interventions progressives et des liens humains qui se complètent sans envahir.

Cette approche pourrait également nourrir la réflexion sur l’accompagnement d’autres personnes en situation de grande vulnérabilité, notamment confrontées à des traumatismes répétés. Au Refuge, elle sera pensée pour les femmes en situation de handicap victimes de violences, à partir de leurs besoins et de leurs choix.

Son ambition est de soutenir la reconstruction, de redonner des possibilités d’action et de contribuer à restaurer une capacité d’espoir.

Disposés en éventail, comme un bouquet de possibilités, les soins et les accompagnements formeront un ensemble coordonné. Les relations proposées seront complémentaires, sans qu’une seule manière d’entrer en lien soit imposée à toutes.

Comme une roue qui tourne doucement, les propositions pourront se succéder et être réajustées. Chaque femme pourra trouver, au moment qui lui convient, le soutien auquel elle souhaite faire appel.

C’est dans cette articulation entre protection, présence humaine, consentement et attention aux singularités que le Refuge entend faire vivre un « nouveau care » : une manière de prendre soin qui reconnaît chaque femme dans son histoire, sa dignité et sa capacité à choisir.

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