Femmes sourdes victimes de violences sexuelles : un parcours encore semé d’obstacles

Soraya Almansa, directrice générale

par Soraya Almansa 

Les femmes sourdes sont exposées aux violences sexistes et sexuelles comme l’ensemble des femmes. Pourtant, lorsqu’elles décident de dénoncer les faits, elles se heurtent encore à de nombreux obstacles qui retardent ou empêchent l’accès à leurs droits.

Après un viol ou une agression sexuelle, chaque heure compte. La victime doit pouvoir être orientée rapidement vers une unité médico-judiciaire (UMJ), bénéficier d’un examen médical, faire constater les violences, préserver les preuves et, si elle le souhaite, déposer plainte.

Pour de nombreuses femmes sourdes, ce parcours est particulièrement difficile.

Dans de nombreux commissariats, la présence d’un interprète en langue des signes française (LSF) n’est pas immédiate. Certaines victimes ne savent pas vers qui se tourner, comment expliquer les faits ou comment être certaines d’avoir été correctement comprises. La communication écrite, lorsqu’elle est proposée, ne remplace pas un interprétariat professionnel permettant à la victime de s’exprimer librement et précisément sur des faits souvent extrêmement traumatiques.

Les difficultés se poursuivent ensuite tout au long du parcours de prise en charge : consulter un médecin, se rendre dans une unité médico-judiciaire, comprendre une procédure pénale, rencontrer un avocat, solliciter une aide juridictionnelle ou effectuer des démarches administratives nécessitent souvent un accompagnement adapté.

Sur le terrain, les associations constatent que certaines femmes sourdes arrivent plusieurs semaines après les faits dans les dispositifs d’aide aux victimes. Faute d’information accessible ou d’accompagnement immédiat, elles n’ont pas pu se rendre rapidement dans une unité médico-judiciaire ou déposer plainte. Certaines se présentent au commissariat plus d’un mois après leur viol. Entre-temps, elles se sont lavées, ont changé de vêtements ou n’ont pas bénéficié des examens permettant de recueillir et conserver les preuves médico-légales. Cette situation fragilise considérablement les procédures judiciaires.

À ces difficultés s’ajoute parfois l’isolement. Certaines victimes ne disposent pas d’un entourage capable de les accompagner dans leurs démarches. D’autres renoncent face à la complexité des procédures ou à l’absence de solutions accessibles.

Face à ces constats, les associations spécialisées jouent un rôle essentiel.

Les difficultés concernent également l’accès aux soins. Après une agression sexuelle ou un viol, les femmes sourdes doivent pouvoir consulter rapidement un médecin, accéder à une unité médico-judiciaire (UMJ), recevoir des soins et être informées de leurs droits. Or, l’absence d’interprète en langue des signes française peut compliquer considérablement ces démarches.

Les Unités d’Information et de Soins des Sourds (UNISS) jouent à cet égard un rôle essentiel. Présentes dans plusieurs établissements hospitaliers, elles permettent aux personnes sourdes d’accéder à des consultations adaptées grâce à des professionnels sensibilisés à la surdité et à la présence d’interprètes en langue des signes française. Elles constituent souvent un point d’appui important pour les femmes sourdes confrontées à des violences.

L’association Femmes Sourdes Citoyennes et Solidaires (FSCS) mène depuis de nombreuses années un travail remarquable d’accompagnement, de sensibilisation et de défense des droits des femmes sourdes confrontées aux violences.

De son côté, Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir (FDFA) accompagne les femmes en situation de handicap victimes de violences, y compris les femmes sourdes et malentendantes. Son expertise permet d’orienter les victimes, de les informer sur leurs droits et de les soutenir dans leurs démarches.

L’accès à la justice, aux soins et à la protection ne peut être effectif sans accessibilité. La présence d’interprètes LSF dans les commissariats, les hôpitaux, les unités médico-judiciaires et les juridictions n’est pas un confort : c’est une condition essentielle pour garantir l’égalité devant la loi et l’accès aux droits fondamentaux.

Parce qu’aucune femme ne devrait être privée de justice en raison de son handicap.

Besoin d’aide ?

Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir (FDFA)

📧 ecoute@fdfa.fr

3919 – Violences Femmes Info

Numéro national d’écoute, d’information et d’orientation pour les femmes victimes de violences.

114

Numéro d’urgence accessible par SMS et visiophonie pour les personnes sourdes, malentendantes, aphasiques ou dysphasiques.

En cas de danger immédiat, contactez le 114 ou les services d’urgence.

Les UNISS (Unités d’Information et de Soins des Sourds) présentes dans plusieurs hôpitaux en France

Association FSCS- Femmes Sourdes Citoyennes et Solidaires

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