Chantal Rialin & Soraya Almansa
Elle est adulte. Pourtant, dans sa famille, on répond parfois aux questions à sa place, on organise ses journées sans la consulter ou on s’inquiète de ses sorties et de ses choix amoureux. La volonté de la protéger est réelle. Mais que souhaite-t-elle, elle ?
Pour certaines femmes en situation de handicap, cette question passe trop souvent au second plan. Leur handicap devient une raison de douter de leurs envies, de leurs capacités ou de leur parole. Partir en week-end, choisir une formation, gérer son argent ou vivre une relation amoureuse peut alors faire l’objet d’une négociation familiale.
Les parents ont souvent porté des années de soins, de démarches et de combats. Leur inquiétude ne disparaît pas lorsque leur fille devient majeure. Mais leur rôle peut évoluer : l’accompagner dans ses choix, plutôt que choisir à sa place.
Comment changer les choses ?
S’adresser à elle directement. Lors d’un rendez-vous ou d’un échange familial, c’est à elle qu’il faut d’abord poser les questions. Ses proches peuvent l’aider à s’exprimer si elle le souhaite, sans répondre systématiquement pour elle.
Rendre les choix accessibles. Présenter les possibilités clairement, laisser le temps de réfléchir et proposer une aide à la communication si nécessaire. Pouvoir décider suppose de disposer des informations et des moyens de donner son avis.
Respecter sa vie privée. Ses messages, ses amitiés, son corps et sa vie affective lui appartiennent. Une inquiétude peut se discuter avec elle ; elle ne justifie pas une surveillance permanente.
Lui permettre d’essayer. Se déplacer, gérer un budget ou prendre une décision s’apprend aussi par l’expérience. Des appuis peuvent être prévus sans lui retirer d’emblée la possibilité d’agir.
Accompagner les proches. Après des années passées à veiller sur leur fille, certains parents peuvent avoir besoin d’aide pour trouver une nouvelle place et lui laisser davantage d’espace.
L’autonomie ne signifie pas tout faire seule. Elle signifie pouvoir participer aux décisions qui concernent sa vie, avec les aides dont elle a besoin. Pour sortir du statut d’« éternelle mineure », un premier réflexe compte : lui demander ce qu’elle veut, écouter sa réponse et en tenir compte.