Femmes en situation de handicap : pourquoi leur désir de maternité dérange-t-il encore ?

Par Chantal Rialin & Soraya Almansa 

Devenir mère est un choix intime, un projet de vie, parfois un rêve longtemps mûri. Pourtant, lorsqu’une femme est en situation de handicap, ce désir suscite encore trop souvent des interrogations, des réticences, voire des tentatives de découragement. Comme le souligne Chantal Rialin, présidente de Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir (FDFA), les femmes en situation de handicap ne sont pas suffisamment encouragées à envisager la maternité.

« Et vous pensez pouvoir vous occuper d’un enfant ? »

Imaginons une femme qui annonce à son entourage qu’elle souhaite devenir mère.

Les réactions sont généralement faites de félicitations, de curiosité et de conseils. Mais lorsque cette femme est en situation de handicap, les questions peuvent prendre une tout autre tournure.

« Comment allez-vous porter votre bébé ? »

« Et si votre enfant avait le même handicap ? »

« Ne pensez-vous pas que ce serait trop compliqué ? »

Derrière ces interrogations, parfois formulées avec une bienveillance sincère, se cache une représentation persistante : celle d’une femme dont les capacités maternelles seraient nécessairement limitées par son handicap.

Avant même d’être enceinte, elle peut ainsi se retrouver dans la position inconfortable de devoir justifier son désir d’enfant, démontrer ses aptitudes et rassurer son entourage.

Là où certaines femmes sont invitées à se projeter dans la maternité, d’autres doivent d’abord convaincre qu’elles en sont capables.

Des femmes trop souvent perçues comme des personnes à protéger

Cette situation révèle une contradiction profonde.

Les femmes en situation de handicap sont encore fréquemment considérées à travers le prisme de la dépendance, de la vulnérabilité ou du besoin de protection.

Comment, dès lors, la société pourrait-elle spontanément les imaginer dans une position de responsabilité parentale ?

Cette difficulté à reconnaître leur pleine autonomie participe d’une forme d’infantilisation que FDFA dénonce depuis de nombreuses années.

Une femme peut avoir besoin d’assistance pour certains gestes quotidiens et être parfaitement capable de construire un lien affectif, éducatif et sécurisant avec son enfant.

Avoir besoin d’aide ne signifie pas être incapable d’être mère.

Le handicap ne saurait, à lui seul, définir les compétences parentales d’une femme, pas plus qu’il ne devrait déterminer la légitimité de son désir d’enfant.

Le poids des regards, jusque dans le parcours médical

Les obstacles ne se limitent pas à la sphère familiale.

Ils peuvent également apparaître dans les consultations médicales, le suivi gynécologique, la préparation à la grossesse ou l’accompagnement après la naissance.

Certaines femmes peuvent être confrontées à des équipements inadaptés, à un manque d’informations accessibles ou à des professionnels insuffisamment formés aux différentes situations de handicap.

D’autres peuvent éprouver le sentiment que leur projet de maternité est davantage évalué sous l’angle des risques que considéré comme un choix personnel à accompagner.

Bien entendu, certaines situations nécessitent un suivi médical spécifique, des aménagements ou une préparation particulière. Mais ces précautions ne doivent pas devenir un prétexte pour dissuader systématiquement les femmes concernées.

L’enjeu est de proposer un accompagnement individualisé, respectueux de leur santé, de leur consentement et de leur liberté de décision.

Accompagner plutôt que décourager

La Convention internationale relative aux droits des personnes handicapées reconnaît le droit de fonder une famille et de décider librement d’avoir des enfants.

En France, des dispositifs existent, notamment la prestation de compensation du handicap (PCH) parentalité et les services CapParents, destinés à soutenir les parents et futurs parents dans leur quotidien.

Mais l’existence de ces dispositifs ne suffit pas à faire disparaître les préjugés.

Il faut aussi transformer les représentations, former les professionnels, rendre les maternités accessibles et permettre aux femmes concernées de bénéficier des aides nécessaires sans remettre systématiquement en cause leurs capacités.

Une mère utilisant un fauteuil roulant peut avoir besoin d’un équipement adapté pour changer son bébé. Une mère déficiente visuelle peut recourir à des repères spécifiques. Une mère sourde peut avoir besoin de dispositifs d’alerte visuelle.

Ces adaptations ne diminuent en rien leur place de mère.

L’accessibilité ne constitue pas une faveur : elle est une condition de l’égalité.

Reconnaître les femmes dans toutes leurs dimensions

Pour FDFA, la question de la maternité renvoie à un enjeu plus large : celui de la reconnaissance des femmes en situation de handicap comme des femmes à part entière.

Elles peuvent aimer, désirer, choisir une vie de couple, souhaiter devenir mères ou décider de ne pas avoir d’enfant.

Aucune de ces aspirations ne devrait être niée, présumée ou imposée en raison de leur handicap.

Le combat contre les violences et les discriminations passe également par la reconnaissance de leur autonomie corporelle, affective et reproductive.

Il ne s’agit pas d’affirmer que toutes les femmes doivent devenir mères, mais de garantir que chacune puisse envisager librement cette possibilité, sans subir de pression ni de dissuasion fondée sur des préjugés.

Changer enfin de regard

La question ne devrait plus être : « Comment une femme en situation de handicap pourrait-elle être mère ? »

Elle devrait devenir : « De quels moyens avons-nous besoin pour que chaque femme puisse exercer librement ses choix et, lorsqu’elle le souhaite, sa parentalité ? »

Cette évolution suppose de passer d’une logique de suspicion à une logique de confiance, et d’une approche centrée sur les incapacités supposées à une véritable reconnaissance des droits.

Une femme en situation de handicap n’a pas à prouver qu’elle mérite d’être mère. Elle doit pouvoir choisir de le devenir, comme toute autre femme.

C’est aussi cela, agir pour l’égalité.

Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir (FDFA) — Pour la reconnaissance des droits, de l’autonomie et de la pleine citoyenneté des femmes en situation de handicap.

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