Par Soraya Almansa
Être regardée comme une curiosité, traitée comme une enfant ou recherchée pour une expérience sexuelle supposée « différente » : ces regards ont un point commun. Ils placent la particularité physique avant la personne. Pour les femmes de petite taille concernées par le handicap, notamment celles vivant avec une forme de nanisme, parler de fétichisation permet de nommer cette réduction et de rappeler leur droit à une vie intime librement choisie.
En mars 2026, l’association espagnole ADEE, qui représente des personnes ayant une achondroplasie ou d’autres dysplasies squelettiques avec nanisme, a dénoncé l’infantilisation et la sexualisation des femmes concernées. Elle rappelle que les remarques sur leur taille peuvent contester leur autonomie ou transformer leur corps en objet de moquerie et de harcèlement. (adee.es)
Une femme adulte, pas une enfant
Assimiler une femme de petite taille à une enfant, lui parler avec condescendance ou décider à sa place revient à méconnaître son statut d’adulte. La taille d’un corps ne mesure ni la maturité, ni la capacité à choisir, ni la légitimité à être entendue.
Dans une relation intime, il faut aussi interroger les attentes projetées sur elle : pourquoi la supposer fragile, docile ou facile à diriger ? Une petite stature ne signifie aucune de ces choses. Présenter une femme comme quelqu’un que l’on pourrait aisément porter, déplacer ou contrôler efface son pouvoir de décision.
Quand la rencontre devient une « expérience »
La fétichisation apparaît lorsque la femme intéresse essentiellement pour sa taille : comme une catégorie sexuelle à essayer, un corps à collectionner ou le support d’un scénario déjà imaginé. Des questions insistantes sur son anatomie ou ses pratiques peuvent alors remplacer la découverte de sa personnalité.
L’attirance physique n’est pas, à elle seule, une fétichisation. La différence se joue dans la relation : la personne est-elle écoutée ? Ses envies comptent-elles autant que celles de l’autre ? Peut-elle poser une limite sans subir de pression ? Est-elle reconnue au-delà de la caractéristique qui attire ?
Reconnaître une sexualité qui lui appartient
Dénoncer ces regards ne doit pas conduire à nier la sexualité des femmes de petite taille. Elles peuvent séduire, aimer, avoir des fantasmes et choisir leurs partenaires. Elles n’ont à correspondre ni à l’image d’une femme asexuée, ni à celle d’un objet de désir disponible.
Une remarque sexualisée imposée, une demande intrusive ou un contact non souhaité ne devient pas acceptable sous prétexte de curiosité. La liberté sexuelle suppose le respect des limites de chacune.
Une femme de petite taille est une femme à part entière. Sa taille ne constitue ni une invitation, ni une promesse de pratique sexuelle, ni une autorisation à disposer de son corps.