FDFA

Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir

Femmes handicapées, citoyennes avant tout !

Film : Mélancolie ouvrière, Michelle Perrot / Gérard Mordillat

Une grande amie de F.D.F.A., l’historienne Michelle Perrot, a écrit en 2012 l’histoire de Lucie Braud, l’une des premières femmes syndicalistes dans le Dauphiné de la Troisième République. Entrée en apprentissage à l’âge de 12 ans chez Durand Frères, une filature comme il y en avait de nombreuses alors, Lucie Braud (1870-1913) prendra la tête d’une révolte contre les conditions de travail et les conditions de vie des ouvrières (où se mêlent « généreusement » filature, politique, religion, et autres exploitations y compris sexuelles).  La dureté de la lutte la conduira même à une tentative de suicide.

Le 24 août 2018, la chaîne de télévision ARTE a diffusé un téléfilm de Gérard Mordillat avec un casting prestigieux, visionné par 1,2 million de téléspectateurs.

On est évidemment tenté d’établir une comparaison entre les deux productions. Je le dis très franchement, ma préférence va sans ambages au livre de Michelle Perrot. C’est une démarche d’historienne ; nous connaissons l’élégance du style de notre amie, à l’écrit comme à l’oral. Je me suis toujours demandé comment elle pouvait faire un exposé sans une seule fois hésiter, chercher ses mots, glisser sur un lapsus… Son écriture donne la même impression. Elle éclaire son sujet au point que nous avons envie parfois de fermer les yeux… il faudrait écouter son livre, mais lu par elle.

La télévision ne donne pas la même musique ! J’ai été un peu déçu par le jeu des acteurs, trop figé la plupart du temps, trop solennel, si bien que certains personnages à la limite de la caricature (comme le curé du village), tombent à plat lourdement. Le téléfilm n’est pas une production historique, même s’il prend appui sur le travail de Michelle Perrot, mais là n’est pas le reproche que je lui fais. Il pourrait se comparer à un album d’images d’Epinal, avec ses stéréotypes qu’on pourrait s’attendre à y trouver, mais aussi – et c’est un « compliment » – son caractère pédagogique.

Il m’a semblé, et des commentaires lus me l’ont confirmé, que le souci historique de l’auteure de mettre en valeur le féminisme bien réel de la saga de Lucie Braud, était gommé par la recherche d’un brin de romanesque de Mordillat, faisant de la femme syndicaliste la créature d’hommes expérimentés (et plus, pour cette jeune veuve). J’exagère à peine. On aurait aimé une Virginie Ledoyen (incarnant Lucie) plus humaine et plus femme, authentiquement sujette de ses engagements dans les filatures de Vizille et de Voiron. Il est vrai que le syndicalisme ouvrier du début du XXème siècle n’était pas particulièrement féministe !

En conclusion, si vous n’avez pas vu, si vous n’avez pas lu, ne manquez surtout pas de lire ! (Grasset  185 pages).

Alain Piot.

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